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Le loupAlors que la majorité des français ne sont pas favorables à l’abattage de loups, un jeune loup a été abattu samedi 05 décembre 2015 par des chasseurs à Valmeinier en Savoie, ce qui porte à 28 le nombre de loups tués «légalement» sur les 36 autorisés par l’arrêté ministériel du 30/06/2015. Considéré comme une espèce protégée par la Convention de Berne, l’État français déroge pourtant à la loi et pourrait revoir son quotas à la hausse (15 loups supplémentaires). C’est dans ce cadre que la conservation du loup est remise en question d’autant plus qu’elle se situe sur des territoires soumis à des crises socio-économiques, agricoles et écologiques.

Le loup, objet de tous les fantasmes

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Répartition du loup dans le monde

A l’instar du chien, considéré comme fidèle et utile pour les hommes, le loup dans la culture occidentale, a toujours été représenté comme cruel et sauvage. Le mythe du loup et en particulier du  loup gris, a présenté ce dernier comme étant solitaire et agressif, alors que sa nature le veut social et craintif. La peur du loup est très souvent alimentée par les représentations négatives des contes populaires, comme le Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, où le loup est vu comme une bête féroce qui s’en prend aux plus faibles.

Dans de nombreux films, son hurlement, lors de la pleine lune, est utilisé pour évoquer le sinistre, la peur, alors qu’il est avant tout un moyen de communication avec les autres loups.
Les postures du loup

Reconnaître les intentions du loup par ses postures.

Une espèce protégée de retour en France

La convention de Berne du 19/09/1979 «relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe» (traité n°104), protège le loup partout en Europe. Pendant longtemps chassé, la France constitue un exemple unique en Europe de repopulation naturelle de loups. Ainsi, en 1992, il est réapparu dans les Alpes (Mercantour) en provenance d’Italie et a depuis été répertorié dans 34 départements. Des conditions favorables (surface d’habitat, climat, faible anthropisation) ont permis son expansion dans des régions où il a été auparavant éradiqué. Ce constat a été fait par des chercheurs du laboratoire d’écologie alpine de Grenoble (Université Joseph-Fourier/CNRS), qui pendant 10 ans, ont prélevé des échantillons d’excréments, de poils et de tissus organiques sur une zone géographique donnée et ont mis en place une méthode scientifique pour obtenir l’ADN des animaux grâce aux échantillons prélevés.

Des attaques en augmentation et des éleveurs dépassés.

Les attaques imputées au loup ont fortement augmenté en France. Selon les chiffres du Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie transmis par la confédération paysanne, ces dernières se chiffreraient à 9033 bêtes en 2014. Elles peuvent être nombreuses et varier d’une région à l’autre et d’une année à l’autre. Les départements étant les plus touchés sont les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Hautes-Provence, le Var, l’Isère, les Hautes-Alpes et la Savoie. Et c’est surtout dans les Alpes-Maritimes que ces attaques s’accroissent. Elles seraient liés à des «facteurs spécifiques de vulnérabilité liées par exemple aux caractéristiques des territoires, des systèmes d’élevage, du développement du prédateur ainsi qu’aux interactions entre ces facteurs possibles» (Plan d’action national loup 2013-2017). Avec le retour du loup, les éleveurs et bergers ont du renouer avec de nouvelles méthodes de prévention, qui bouleversent leurs profession et leurs habitudes. Bien que certains bénéficient de contrats de protection des troupeaux, les charges supplémentaires de travail, les nouvelles pratiques pastorales, le gardiennage permanent illustrent que le retour du loup après plus d’un demi siècle d’absence n’est pas chose facile.

Du côté des défenseurs, une espèce bouc-émissaire révélatrice d’une crise

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L’ hesperocyon joue un rôle prédominant dans l’évolution des canidés. C’est le premier ancêtre de la lignée du loup qui remonte à près de 25 Ma.

Il est important de situer le contexte économique de la production ovine française. Depuis près de 30 ans, la production ovine française connaît un déclin incommensurable, à cause d’une part de la mondialisation qui profite à la Nouvelle-Zélande ainsi qu’à l’Australie. Ils représentent les deux premiers pays exportateurs mondial de viande ovine et qui approvisionnent de nombreux pays européens, dont la France pour satisfaire leurs demandes intérieures de viandes ovines. D’autre part, les différentes crises sanitaires telles que la fièvre aphteuse du mouton (2001) ou la fièvre catarrhale ovine (2006-2010), ont décimé un nombre important de troupeaux, ce qui a entraîné une importante chute de la production de viande ainsi qu’une baisse de la consommation.

Bien que les attaques de loups sur le bétail domestique représentent une source ancienne de conflits, le loup est souvent accusé à tort d’être l’auteur de ces massacres. Il n’est pas l’unique responsable d’attaques sur les élevages de brebis et moutons, les chiens en «état de divagation», appelés à tort «chiens errants», y ont aussi leur part de responsabilité, ce qui surestime le nombre d’attaques du loup, bien qu’elles existent. Les attaques sur troupeaux sont classées dans la catégorie «grand canidé», car nul ne peut faire la différence entre une attaque de loup et celle d’un chien. Les agents-constateurs procèdent par uniquement par observations et analyses, les tests ADN étant beaucoup trop coûteux. C’est ainsi que l’État compense financièrement les éleveurs affectés par la perte d’ovins, que le coupable soit un chien divagant ou réellement un loup et ce système profite à certains qui déclarent à tort que ce dernier est bien le responsable.

Que fait l’État et pour qui ?

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En effet, comme l’affirme le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie «la politique de l’État repose sur le suivi scientifique de l’espèce». Cependant, les mesures scientifiques prises ont pour but d’aider les secteurs d’activités affectés par la prédation du loup, dont celui de l’élevage. Des fonds à destination des éleveurs ont été levés par le Ministère afin de protéger les troupeaux via différentes mesures telles que «gardiennage, financement de clôtures mobiles, achat et entretien de chiens de protection, analyse de vulnérabilité du troupeau à la prédation». D’autre part, une indemnisation est également prévue pour compenser les pertes et dégâts subis par les éleveurs.

Et lorsque les mesures de protection ne suffisent pas, des tirs de prélèvements et de défense peuvent être autorisés, selon un arrêté ministériel défini chaque année. Le dernier datant du 30/06/2015, par dérogation au statut d’espèce protégée, a établi le nombre de loups qui peuvent être tués à 36, sur l’ensemble du pays, pour la période 2015-2016. Ce quotas bientôt atteint, pourrait être plafonné à 51 loups au total. Cet arrêté a donc été mis en place au mépris de la loi et des avis des français par consultation publique (sondage IFOP, 2013).

Anissa Mande

Rédactrice scientifique bénévole. Master 2 SET Spécialité Médiation & Communication Scientifique